Un president de la republique a ferrette

UN PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE A FERRETTE

Il y a 40 ans

Si plusieurs présidents de la République ont visité l'Alsace pendant leur mandat, peu sont passés par le Sundgau : Raymond Poincaré après l'armistice de 1918 pour se rendre compte des destructions provoquées par la guerre à Dannemarie et Albert Lebrun en 1932 lors de l'inauguration de la centrale hydroélectrique de Kembs. Mais aucun d'entre eux n'était passé par le Jura alsacien, jusqu'à ce jour mémorable du 14 mai 1979 où le président Valéry Giscard d'Estaing a fait escale à Ferrette à l'occasion d'un de ses voyages en Alsace.

Valérie Giscard d’Estaing

Valéry Giscard d'Estaing, appelé communément Giscard ou V.G.E., est devenu en 1974 le 3e président de la 5e République, et à l'âge de 48 ans le plus jeune président que la France ait jamais connu depuis 1848.

Il est né en 1926 à Coblence en Allemagne où son père, Edmond Giscard devenu Giscard d'Estaing en 1922, est haut-fonctionnaire en Rhénanie occupée. Polytechnicien, puis énarque et inspecteur des Finances en 1954, député du Puy-de- Dôme en 1956, V.G.E. devient à deux reprises ministre des Finances en 1962 et 1969.

En 1952 il a épousé Anne-Aymone de Brantes, âgée de 18 ans, dont il aura quatre enfants : Valérie-Anne en 1953, Henri en 1956, Louis en 1958 et Jacinte en 1960.

Lors des élections présidentielles de mai 1974, il triomphe de son adversaire socialiste François Mitterrand avec 50,71 % des voix contre 49,28 % alors que le record de participants est battu avec 87,75 % de votants. Le Haut-Rhin lui a accordé 65,77 % des voix et le canton de Ferrette 85,57 %.

La visite en Alsace

Le voyage de Giscard en Alsace, programmé les lundi 14 et mardi 15 mai 1979, n'est pas le premier, puisque le 28 mars 1976 il était venu inaugurer le tunnel routier de Sainte-Marie-aux-Mines, avec des arrêts à la nécropole de Sigolsheim, Sélestat et Colmar.


 

Cette fois il va traverser le Haut-Rhin du nord au sud et la journée du 14 mai se présente comme un véritable marathon : à 10h atterrissage à Colmar- Houssen, puis arrêts à Kaysersberg, Rouffach, Soultz, Thann, Burnhaupt, Ferrette, Saint-Louis, Mulhouse et départ pour Strasbourg à 22h15. Le lendemain 15 mai est consacré au Bas-Rhin avec arrêts à Wissembourg, Saverne, Hagenau, Rosheim, Handschuhheim et Hoerdt.

Il est accompagné de son épouse Anne-Aymone et de plusieurs ministres qui suivent entièrement ou partiellement le voyage du président.

Les préparatifs à Ferrette

A Ferrette les ouvriers du Service de l'Equipement sont mobilisés depuis plusieurs jours : travaux de voirie pour améliorer le revêtement de la chaussée, travaux de peinture sur les panneaux de signalisation, remise en état des accotements de la rue de la piscine et pose d'un revêtement d'enrobé sur toute la longueur et largeur de la rue Léon Lehmann.

Le coiffeur, Christian Hansberger, ne chôme pas. En deux jours il a exécuté pas moins de 60 coupes sur des gendarmes mobiles, des pompiers et des notables : pour l'événement aucun cheveu ne doit dépasser !

L'organisation et le déroulement de la visite présidentielle sont supervisés par Michel Buecher, adjoint au maire et officier de réserve, qui a été désigné chef du protocole d'accueil du chef de l’État par le sous-préfet:

  • la population est invitée à pavoiser les maisons, surtout sur le parcours du cortège présidentiel : rue de la piscine (actuelle rue Habsbourg), rue de la 1re Armée en direction de Vieux-Ferrette jusqu'au garage Werner (actuel dépôt des pompiers), rue Léon Lehmann d'où le président pourra découvrir le panorama avec l'église, le château et les éperons rocheux du Schlossberg, pour finalement aboutir à la place Mazarin,
  • à partir de 8h le stationnement n'est plus autorisé que sur les emplacements spécialement prévus, et la circulation est interrompue dans l'agglomération


 

et sur les voies qui y accèdent à partir de 16h jusqu'au départ du cortège présidentiel,

  • les élèves des écoles de Ferrette et du collège bénéficient d'un congé pour toute la journée du 14 mai alors que les élèves des autres établissements scolaires du canton ne sont libres que l'après-midi,
  • 90 sapeurs-pompiers des corps du canton sont mobilisés pour le service d'ordre,
  • le portrait officiel du président s'affiche dans les vitrines  des  commerçants  avec  la  mention

« Bienvenue à Ferrette »,

  • le public ( élus, enfants et jeunes en tête) est invité à se rassembler, si possible en costume folklorique, sur la place Charles De Gaulle où le président sera accueilli et prononcera son allocution du haut d'une estrade (l'immense remorque du charpentier Gérard Munck de Koestlach).

Il est prévu d'offrir deux cadeaux au couple présidentiel: une marqueterie de Spindler représentant la cité des comtes et une boîte de chocolats, mais pas n'importe laquelle ! Un coffret qui est une véritable œuvre d'art à la fois sur le plan de la gourmandise et sur celui de sa présentation. Ce chef d'oeuvre a été confectionné par Jean Blind, pâtissier-chocolatier à Ferrette, un artisan qui fait honneur à sa ville et à sa région. Le couvercle du coffret contenant les meilleurs chocolats foncés est entièrement comestible. Il est en pâte sucrée bordé d'un cadre en chocolat et décoré des armoiries de Ferrette et de Haute-Alsace faîtes en massepain et recouvertes d'une feuille d'or posée à la main à l'ancienne. La boîte sera contrôlée par les démineurs qui accompagnent le président.

L'accueil ferrettien

Après un déjeuner à Thann et une cérémonie au monument aux morts de Burnhaupt-le-Haut, il est prévu que le président atterrisse en hélicoptère sur la pelouse de la piscine de Ferrette à 16h45 et en reparte à 17h25 pour Saint-Louis.

Vers 16h, 1500 personnes se sont massées sur la place Charles De Gaulle et le talus y attenant, sous un soleil radieux. Pour faire patienter la foule un groupe d'accordéonistes de Winkel « L'écho du Glaserberg » joue des airs populaires en alternance avec la fanfare du 8e régiment des hussards d'Altkirch.

Prévu pour 16h45 l'hélicoptère blanc survole le château avec 3/4h de retard et atterri vers 17h30 devant la piscine dont les panneaux sont grand ouverts. Un tapis rouge est déroulé devant l'appareil


 

et la suite présidentielle est accueillie par les personnalités locales : le préfet, le président du conseil général du Haut-Rhin, des députés et le maire Alphonse Jenn, lui-même député et conseiller général du canton. Puis ils s'engouffrent dans les voitures.

Les cloches sonnent à toute volée pour accueillir le cortège qui débouche de la rue Lehmann et s'immobilise au bas de la place De Gaulle . Les personnalités, président et maire en tête, fendent la foule et serrent des mains aux sons de l'hymne sundgauvien «Lueg vum Pfirter Schlessla aba » joué par de jeunes élèves flûtistes accompagnés à l'accordéon par Renée Stehlin née Zinck. Après avoir salué une délégation du gouvernement de la nouvelle République et Canton du Jura suisse, le maire et le président rejoignent les conseillers municipaux sur l'estrade, salués un par un par le président.

Puis le maire Alphonse Jenn prend le micro et débute son allocution de bienvenue. Un discours sobre empreint de simplicité bienveillante. Il évoque Ferrette et sa région, son glorieux passé et son avenir. Il conclut par : « Votre visite s'inscrira dans les annales de la ville ».

Le président lui répond et lui dit sa joie d'être reçu aussi chaleureusement, constate que le Sundgau est une terre de solidarité et une terre imaginative. Il félicite le maire et le canton pour leurs réalisations passées et à venir : piscine, collège, gymnase, stade, résidence pour personnes âgées, plan d'eau touristique de Courtavon. Et de conclure : « Ferrette à la charnière de trois Etats de l'Europe... sait qu'elle peut compter sur la solidarité active de la France pour l'aider à avancer dans la voie de la prospérité et du progrès qu'elle a choisie et qu'elle conduit elle-même ».

Applaudissements, signature du livre d'or de la commune, remise des cadeaux (les chocolats n'ont pas fondu), d'une documentation sur Ferrette et d'un bouquet champêtre tricolore. Il est 18h15, l'estrade se vide, le chef de l’État se retourne une dernière fois pour saluer alors que les écoliers entonnent « Que notre Alsace est belle ! ». Les voitures repartent par la rue de la 1re Armée et l'hélicoptère décolle en direction de Saint-Louis.

Et plus tard

Deux ans après son passage à Ferrette, Giscard est donné favori lors de l'élection présidentielle de mai 1981, mais il est finalement battu par François 51,76 % à son adversaire socialiste. Après son


 

mandat présidentiel il devient député et président du Conseil Régional d'Auvergne. En 2004 il se retire de la vie politique pour siéger au Conseil Constitutionnel dont il est membre de droit et à vie en tant qu'ancien président de la République. A partir de 2017, à l'âge de 91 ans, il devient le plus âgé des anciens présidents de la République française et également celui ayant vécu le plus longtemps après son mandat. Mais en mai 2017, après l'élection d'Emmanuel Macron, il n'est plus le plus jeune président à être entré en fonction sous la 5e République.

Lors de son allocution Giscard avait dit :« Je suis honoré d'être le premier président de la République qui rende visite à Ferrette. Maintenant que j'ai ouvert la voie, d'autres suivront ». Pour l'instant Ferrette n'a vu venir aucun autre président, et à l'heure actuelle une autre visite est d'autant plus improbable que la ville n'a plus de député-maire de la majorité présidentielle et... que la pâtisserie- chocolaterie Blind a fermé ses portes !

Roland Vogel

  
 


 

Sources : - Extraits de presse « L'ALSACE » et

« D.N.A. »

  • Wikipédia : Valéry Giscard d'Estaing
  • Illustrations : Photos Archives Michel Buecher
    1. Le couple présidentiel à la descente de l'hélicoptère
    2. L'allocation de bienvenue par le député-maire Alphonse Jenn


 

Sources :

  • Ed. Bonvalot, Coutumes de la Hte-Alsace dites de Ferrette (1870).
  • Hippolyte Vogelweid, Ferrette et ses environs (1892).
  • Nathan Katz, Sundgäu (1930) et traduction dans une édition de 1975.
  • Chanoine Anaglia, Le Grand St-Bernard et Ferrette, A.S.H.S., 1957.
  • Paul Stintzi, L'église St-Bernard d'Aoste de Ferrette, A.S.H.S., 1964.
  • Journal « L'Alsace » (Editions de 1968,1969, 1981, 1984 et 2014).